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Créer une filière courte de bois d’oeuvre : l’expérience du Collectif Bois 07

Un circuit-court écologiquement responsable et socialement solidaire

En 2012, l’association (loi 1901) Collectif Bois 07 (CB 07) voit le jour. Née de l’envie de professionnels du bois ardéchois (bûcherons, charpentiers, scieurs, menuisiers), de mieux maîtriser leur filière d’approvisionnement en bois d’œuvre, l’association a pour but de mettre en place un circuit court de bois éthique, social et solidaire.

Les statuts de l’association sont disponibles dans le document en bas de page.

Animés par l’amour de la forêt et la conviction que le bois local peut faire vivre en Sud-Ardèche, le projet est basé sur une gestion douce de la forêt, la mobilisation de petits volumes de production, des activités diversifiées et artisanales qui puissent rémunérer tous les acteurs de manière juste et équitable tout en étant source d’innovation. 
Face au constat qu’il est très difficile, dans la filière bois conventionnelle, d’avoir une traçabilité claire des bois proposés, le collectif décide de proposer une filière dans laquelle il est possible de répondre à chacune des questions fondamentales suivantes :

  • D’où vient le bois que j’utilise ?
  • Comment et par qui est-il récolté ? Comment sont rémunérés bûcherons et débardeurs (acteurs de la filière actuellement les plus mal payés) ?
  • Quel mode de gestion est pratiqué dans les forêts qui m’approvisionnent ?

Réunissant des professionnels du bois, des propriétaires et des citoyens, le Collectif porte l’espoir de bâtir un circuit court agissant pour la préservation à long terme des forêts tout en développant une activité respectant une éthique sociale et écologique proche de la charte du RAF.
Le choix est fait de développer uniquement une filière de bois d’œuvre pour commencer, même si la demande en bois de chauffage est très présente.

Les gens au cœur du projet

Ils et elles sont propriétaires forestiers, gestionnaires, bûcherons, élagueurs, débardeurs à cheval, scieurs, menuisiers, charpentiers, habitants amoureux de la
forêt, consommateurs…
Tous les acteurs de la filières sont représentés.

Une dizaine d’adhérents actifs a œuvré pour créer ce circuit court. Ils/elles partagent tous et toutes des valeurs et des aspirations communes autour du travail collectif, de la solidarité, de l’ancrage au territoire et de l’écologie.
Le Collectif expérimente une mise en lien de tous ces acteurs et propose une filière où forêts et humains sont au cœur des préoccupations pour retrouver du sens et du plaisir à l’ouvrage et au produit fini !

De nombreux bénévoles sont associés à différentes étapes de la vie du collectif :

  • Lors des périodes de sciage pour porter les bois en sortie de scie : très formateur pour comprendre comment on débite un arbre, ce que devient le bois scié qui ne fait pas parti d’une commande, comment on gère « les tombées de scie » (dosses, délignures, sciure, …). Les clients sont invités à participer au sciage de leur propre commande.
  • Pour aider au tri des planches en fonction de leur qualité (1° et 2° choix), sur l’aire de stockage des bois sciés.
  • En participant à l’animation des café-forêts.
  • Au cours de visite de forêts pour apporter leur appui technique.

Intégrer le consommateur, acteur final de la filière, dès le début dans la réflexion a aussi été un choix important  : c’est parce qu’il a compris tous les enjeux que le consommateur accepte de payer le bois plus cher (parce que bois payés à leur juste valeur, bûcherons et débardeurs mieux rémunérés, valorisation du travail du
scieur, petits volumes mobilisés) et de consommer autrement.

Devant l’engouement du projet, il s’est vite avéré nécessaire de recruter une première personne pour en assurer l’animation : sensibilisation, information, formation autour de la forêt et de ses enjeux (2013).

Puis un poste dédié à la récolte de bois, au sciage et à la vente s’est ouvert en juin 2014. L’ensemble de ces 2 postes a représenté 1,5 équivalent temps plein.

Le projet

Le collectif bois 07 achète du bois sur pied, le récolte et le transforme en partenariat avec des forestiers et des scieurs locaux. L’achat de bois se fait directement auprès des propriétaires ou des 3 gestionnaires « prosilva » que compte l’Ardèche afin d’être au plus près des acteurs et de pouvoir maîtriser au mieux la provenance des arbres et connaître les modes de gestion des forêts.

En 2018, le collectif a acheté 450 m³ de bois sur pied.

Le sciage est réalisé auprès de 3 scieries artisanales locales basées à moins de 50 km les unes des autres, dont une scierie mobile. Travailler avec plusieurs scieurs permet d’avoir de plus courts délais pour réaliser les périodes de sciage. Peu de chantier de sciage ont été réalisés directement en forêt car cela demande d’avoir suffisamment de place sur le chantier pour installer la machine et beaucoup d’organisation (avoir un tracteur pour amener les bois jusqu’au banc de scie, gérer le stockage du bois en sortie de scie, évacuer les tombées de scie, gérer le transport des bois sciés, s ‘assurer qu’il n’y a pas de risque de vol, ...).

En une journée, il est possible de scier en moyenne entre 5 et 10 m3.

Le sciage n’est réalisé que sur commande. A la réception de la feuille de débit du client (document présentant les différentes pièces de bois souhaitées avec leur dimensions et quantités), le CB 07 fixe une période de sciage avec l’une des scieries disponibles et s’assure que son bois est en quantité suffisante à la scierie pour alimenter les commandes.

Exemple de feuille de débit dans le document à télécharger en bas de la page

Les commandes sont ensuite récupérées directement sur place par le client ou livrées chez eux, et les bois sciés restant du sciage sont rassemblés sur l’aire de stockage du collectif où les gens peuvent venir y acheter des produits standards sur rendez-vous ou lors de journées portes ouvertes du stock. Les produits proposés : liteaux, lambourdes, chevrons, plateaux, planches 1° et 2° choix, dosses.
Le bois scié est vendu principalement en direct mais aussi en dépôt vente dans des magasins de matériaux écologiques (produits standards), et en ressourcerie (uniquement des planches). La volonté est forte de créer une activité en lien avec son territoire.

Le choix a été fait de proposer quasiment exclusivement du bois de douglas (principale essence demandée par les charpentiers) et des produits brut de sciage (une seule transformation) afin de ne pas démultiplier les bois et produits stockés (argent immobilisé) et de bien s’implanter sur le marché avant de se diversifier.

Quelques lots d’autres essences (châtaignier, robinier, cèdre) ont été achetés au début de l’activité du collectif mais l’expérience ne s’est pas montrée très concluante : petits volumes avec difficulté de trouver des débouchés. Ces lots pouvaient répondre à des commandes spécifiques mais c’était trop tôt pour le CB07 dont la clientèle n’était pas encore suffisamment étoffée .

Une expérience de produits finis a été réalisée avec du pin maritime : proposition de lambris et parquet 100 % ardéchois vendu exclusivement au magasin de matériaux écologiques (qui pouvait assurer de bonnes conditions de stockage des lames). Les produits proposés étaient très atypiques : coloration bleue due à un champignon sur certains bois, grande largeur des lames, prix de vente plutôt élevés pour du pin maritime. En expliquant bien la démarche, cette expérience s’est avérée très concluante.

Ses valeurs

Le projet s’appuie sur des valeurs fondatrices qui guident chacun des choix que fait le Collectif :

  • L’écologie  : La forêt n’est pas considérée comme un gisement de production sans fin mais comme un partenaire vivant, un milieu naturel et un patrimoine commun. Ses ressources sont utilisées pour répondre aux besoins, en échange d’une gestion douce et respectueuse (charte du RAF ici, démarche Pro Silva ici). La sylviculture défendue tend vers une forêt mélangée, en essences et en âges, riche en biodiversité. Elle implique des coupes sélectives qui maintiennent un couvert permanent (refus des coupes rases) et une régénération naturelle.
  • La solidarité : La mise en lien, les partages de savoir-faire, la répartition des contraintes sont essentiels pour plus de compréhension, de respect et de réponses ajustées aux besoins. Une répartition équitable de la valeur ajoutée, sur l’ensemble des acteurs de la filière, avec une attention portée sur la rémunération des entrepreneurs forestiers est primordiale.
    Pour l’activité de négoce de bois, le partage du poids financier de l’activité entre les différents acteurs a été envisagée : propositions aux propriétaires d’être payés une fois la récolte transformée et vendue, paiement d’une partie des commandes en avance par les clients, rémunération des prestataires décalées lorsque cela est possible pour eux.
  • L’éthique  : L’association n’est pas un intermédiaire de plus dans la filière bois mais une garantie du respect de la matière et des personnes qui vivent de la forêt. Le bois scié parcourt moins de 80 km avant d’être vendu.

Au delà de la vente de bois, le projet du CB07 c’est aussi :

  • Informer, sensibiliser : à travers des café-forêts, des ciné-forêts, il est donné la possibilité aux habitants de se réapproprier la forêt, de mieux comprendre les enjeux et contraintes de chacun des acteurs de la filière.

Les Café-Forêts et les Ciné-Forêts sont des lieux de rencontre, de partage, d’échange autour de la forêt , où le lien se recréer.

Le CB07 en chiffres

En 2016 :

  • Chiffre d’affaire vente de bois : 55 000€
  • Achat de bois : 18 500€
  • Frais de récolte : 15 200€
  • Frais de sciage : 18 500€
  • Frais de transport : 3 000€
  • Frais de personnel : 21 600€

Les partenaires du projet

Ce projet de micro-filière bois local issue d’une gestion douce avec une juste rémunération des acteurs, de part son caractère innovant, prend du temps à se structurer. La dimension économique de cette micro filière a été une grande préoccupation pour le CB07 qui aspirait à atteindre une autonomie financière au plus tôt.

Toutefois, le temps de développer et structurer ce modèle économique, le collectif a été accompagné et soutenus par des partenaires financiers privés (Fondation de France, Fondation JM Bruneau, Fondation Terra Symbiosis) et publiques (programme LEADER, programme Massif Central).

Un appel à dons et prêts solidaires a également été réalisé en 2017 ce qui a permis de couvrir les frais d’achat, de récolte et de transformation de 400 m³ de douglas.

En local, des partenaires ou associations de réseau ont également soutenu le projet et garanti un ancrage territorial (FRAPNA, RAF, SOS forêts Cévennes).

La fin du projet

Malgré toutes ces belles énergies et ces soutiens, l’aventure du collectif s’est terminée fin 2019.
Plusieurs raisons, propres au collectif, en sont la cause :

  • un choix stratégique au début de l’activité du négoce de bois qui n’a pas été pertinent : l’achat d’un grumier d’occasion à entraîner de nombreux frais et s’est avéré très difficile à gérer (utilisation dépendante de la disponibilité d’un chauffeur, frais d’entretien et de réparation élevés, volumes insuffisants pour être rentables, activité facile à sous-traiter).
  • La non séparation du CB07 en deux structures : avec le développement d’une activité rémunératrice (négoce de bois), le collectif ne pouvait plus prétendre à des financements privés pour son activité de sensibilisation/information/formation (non rémunératrice). L’activité négoce, bien qu’en progression, n’étant pas suffisante pour couvrir les besoins financiers de l’association, cela a mis le CB07 en difficulté. Pour remédier à cela il aurait fallu créer 2 structures bien distinctes : une structure pour la partie non commerciale qui pouvait continuer à être aidée par des financements privés et publiques, et une structure pour la partie négoce de bois qui devenait autonome financièrement.
  • Une organisation des périodes de sciage très chronophage pour la salariée : présence en sortie de scie très régulière ce qui ne permettait pas de développer la recherche de nouveaux débouchés pendant ces périodes

Mais ce que montre cette expérience, c’est qu’une telle activité est tout à fait possible et réalisable, et transposable à d’autres territoires pour peu que des personnes motivées porte le projet.

Le collectif bois 07 a cessé toute activité en décembre 2019 alors que l’activité de négoce de bois affichait +30 % en 2018...

La création de documents spécifiques

De part son activité de récolte de bois, le CB07 a dû réaliser des contrats d’achat de bois sur pied ainsi que des contrats de travaux forestiers avec des bûcherons et des débardeurs.
Ces documents renferment des clauses qui précisent fortement les valeurs et l’éthique dans lesquelles ces travaux doivent être réalisés (voir document en téléchargement en bas de la page)

Le projet du Collectif Bois 07 a fait l’objet d’un reportage dessiné par Hélène COPIN.

Télécharger le document complet :

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